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Les
investisseurs spécialisés ont pris les rênes
BIOTECH - Entretien avec Hervé de Kergrohen, associé de
Biomedical Partners et président de Biodata
Les deux années de crise sont en train dopérer
un tri impitoyable parmi les jeunes pousses du secteur des biotechnologies.
Cest dans une dizaine de jours que la deuxième édition
de Biodata débutera à Genève (lire article ci-contre).
Contrairement à loptimisme manifesté lors de la
première édition en janvier 2002, certes déjà
tempéré par les premières épreuves, lédition
de cette année sera selon toute vraisemblance placée sous
le signe de la prudence, sans que les potentiels à long terme
de ce secteur en phase ascensionnelle ne se voient toutefois remis en
question. Hervé de Kergrohen, président de la manifestation,
fait le point sur la situation.
Alors quil y a une année, les sociétés de
biotechnologie semblaient encore relativement à labri de
la crise qui affectait les sociétés high tech, elles ont
été frappées de plein fouet depuis lors. Comment
décrivez-vous la situation présente?
Je dirais que lassainissement de cette activité est dans
sa dernière phase. Il avait été provoqué
par lenthousiasme aveugle, voici quelques années, pour
les projets innovants, et qui ne sest pas toujours orienté
vers les meilleures idées. Aujourdhui, les investisseurs
spécialisés ont pris les commandes des sources de financement
disponibles et les autres sources se sont largement taries pour lessentiel.
Lavenir des jeunes entreprises de biotechnologie est donc caractérisé
par quelques cas de figure principaux: soit leur plan daffaires
est solide et elles peuvent attirer les investisseurs spécialisés
du secteur, soit elles sont vouées à la consolidation,
cest-à-dire des acquisitions des plus faibles par les plus
solides, soit elles se dirigent vers une faillite, voire un abandon
pur et simple.
La recherche scientifique à proprement parler nest encore
que marginalement affectée par cette évolution à
ce stade. Lessentiel du travail scientifique de base se fait dans
les laboratoires des grands groupes industriels ou des universités,
financées essentiellement par les pouvoirs publics.
Cet assainissement marque-t-il la fin des petites entreprises innovantes
dans le secteur des biotechnologies?
Il y aura toujours des petites structures innovantes, à conditions
quelles basent leurs activités sur des projets à
valeur commerciale. On peut regrouper en trois catégories les
entreprises dont lavenir se présente sous de bons auspices:
premièrement, les jeunes pousses basées sur des produits
dont la licence et le potentiel de marché sont reconnus à
grand potentiel. Deuxièmement, les projets proches de la commercialisation,
même si le marché nest pas immense. Enfin, les sociétés
qui ont reçu de fortes sommes lors de leur première ronde
de financement, entre 10 et 100 millions de francs, qui sont soutenues
par des sociétés de capital-risque de premier plan, ou
qui sappuient sur des contrats avec des grosses entreprises. On
peut citer Geneprot dans cette dernière catégorie.
En revanche, les sociétés portant des projets de faible
ou de moyenne envergure qui ont reçu des financements lors de
la période deuphorie nont pratiquement plus despoir
dobtenir de nouveaux financements, ce qui signifie pour elles
larrêt de leurs activités.
Dans le cas de Geneprot précisément, il apparaît
que cette société a été traversée
par une phase de doute ces derniers mois. Lavenir de la protéomique
na-t-il pas été surestimé?
La protéomique offre une base technologique permettant de découvrir
des molécules à même doffrir de nouvelles
cibles thérapeutiques. Ce que lon est en train de découvrir
aujourdhui, cest que les frais de recherche à la
phase initiale de «pure découverte» des grands groupes
pharmaceutiques, dans lesquelles une Geneprot sinsère,
ne représentent jamais quune fraction des budgets de la
pharma, lessentiel de ceux-ci étant consacré au
marketing et au développement. Pour les start-ups, la meilleure
assurance réside dans lexistence dun contrat leur
permettant de sappuyer sur une grande société. Cest
exactement le cas de Geneprot, qui est liée depuis le début
à Novartis. Lautre grande force de Geneprot, cest
que ses fondateurs sont à lorigine de la base de donnée
Swissprot sur les
protéines, lune des plus mportantes à la disposition
des scientifiques mondiaux.
Le financement de la deuxième étape devient de plus en
plus ardu, voire impossible pour maintes jeunes pousses. Pourquoi?
Effectivement, la levée des fonds pour la deuxième étape
de développement est dautant plus difficile que lentreprise
na pas su ou na pas pu accroître sa valeur intrinsèque
depuis la première levée de fonds. Cest même
encore plus grave si elles se sont vues fortement valorisées
lors de la première levée de fonds car leur valorisation
chute brutalement entre les deux étapes. Ce sont évidemment
les actionnaires dorigine, notamment les fondateurs des entreprises,
qui en souffrent le plus, eux qui peuvent voir la valeur de leur investissement
divisée jusquà dix.
La difficulté ne réside-t-elle tout simplement pas dans
la simple obtention de nouvelles liquidités?
Certainement, et le monde de la biotech connaît cette difficulté
depuis dix-huit mois à vingt-quatre mois. Le succès dune
seconde levée de fonds dépend évidemment de la
qualité du plan daffaires. Si ce dernier nest pas
exceptionnel, il nintéressera personne! Evidemment, pour
les fondateurs des entreprises qui ont levé facilement leurs
premiers fonds, les refus que peuvent leur opposer les investisseurs
très spécialisés lors de la seconde étape
peuvent être extrêmement difficiles à comprendre.
Il est compréhensible, dans ce genre de circonstances, que ces
personnes manifestent une certaine animosité envers les investisseurs.
Cela ne vient-il pas du fait que les fonds de capital-risque peinent
à trouver de nouveaux financements?
Les fonds de capital-risque ont levé des sommes parfois trop
importantes par rapport aux possibilités dinvestissements.
Leurs managers navaient pas toujours accès au meilleur
«deal flow». Ils ont donc parfois placé cet argent
dans de jeunes sociétés très fortement valorisées,
mais dont le plan daffaires était immature ou tout simplement
à faible valeur commerciale (il faut distinguer ici la valeur
scientifique et la valeur commerciale). Aujourdhui, sils
nont plus dargent à investir, ils risquent de se
retrouver dans la même situation que les actionnaires fondateurs
incapables de financer la deuxième tranche: celle de voir la
valeur des titres fortement réduite en cas de deuxième
ronde.
Est-ce la raison de la fusion, la semaine dernière, des fonds
NMT et HBM?
La raison de cette fusion dépend également des conditions
actuelles du marché et de son aversion relative à la prise
de risque. Actuellement, pour entrer en Bourse, et donc permettre aux
investisseurs actuels de sortir plus facilement, un fonds doit compter
sur une capitalisation de 500 millions de francs au minimum. Ce nétait
pas le cas pour NMT. Cette fusion permet à la nouvelle société
de disposer de la masse critique non seulement en terme de participations,
mais aussi en expertise: des managers capables de juger de la qualité
des projets qui leurs sont soumis, de juristes et dadministrateurs
à même de soutenir les entreprises dans lesquelles le fonds
est investi. Cest une opération somme toute logique, derrière
laquelle lon reconnaît la «main invisible» de
Henri B. Meier.
Doit-on sattendre à dautres fusions dans ce secteur?
On assiste à une autre forme de consolidation, à savoir
le rapatriement des fonds dans de grandes structures qui, précédemment,
les avaient dispersés dans des organisations plus petites. Cest
la stratégie que lon devine actuellement chez des acteurs
tels que la BCV, Swiss Re et probablement Swiss Life également.
Ces regroupements permettent un meilleur contrôle interne des
fonds investis, après que léparpillement dans de
petites structures ait montré les difficultés quil
y avait de suivre lévolution des investissements et den
assurer lindispensable transparence l
Le prochain rendez-vous lémanique des biotechnologies aura lieu
dans dix jours à lIntercontinental de GenèveLe prochain
rendez-vous entre industriels de la biotechnologie et investisseurs
en région lémanique se tiendra les 21 et 22 janvier prochains
à lhôtel Intercontinental à Genève.
Malgré la morosité du climat boursier et conjoncturel
actuel, la deuxième édition de Biodata est placée,
comme la première, sous le signe de la promotion de la place
lémanique en tant que nouvelle «vallée des biotechnologies».
Si Hervé de Kergrohen, président de la manifestation,
a insisté sur limportance des contacts créés
à loccasion, les conseillers dEtat responsable de
léconomie des cantons de Genève, Carlo Lamprecht,
et de Vaud, Jacqueline Maurer, ont mis en avant les initiatives de promotion
intercantonales, comme lassociation Bioalps.
Trois cents personnes sont déjà inscrites
Très focalisée sur un public professionnel, Biodata ne
devrait pas attirer plus de 500 personnes, à linstar de
la fréquentation enregistrée lan dernier. Trois
cents personnes sont déjà inscrites. «Ce qui compte,
cest que les principaux capital-risqueurs européens viennent
chez nous et discutent avec les créateurs dentreprises
dici. Cest sur la longue durée que les effets pourront
réellement être mesurés», a insisté
le président de la manifestation. Cependant, la dernière
demi-journée sera ouverte au public. Le soutien financier est
assuré notamment par Serono en premier lieu ainsi que par Hewlett
Packard, dont le siège pour lEurope, lAfrique et
le Moyen-Orient se trouve à Meyrin. Ce groupe a du reste choisi
dy implanter une unité de développement de solutions
bioinformatiques.
Pour leur part, Jacqueline Maurer et Carlo Lamprecht ont insisté,
au-delà de la collaboration «optimale» (selon la
responsable vaudoise de léconomie) de leurs deux cantons,
sur la naissance prochaine de Bioalps: Le 4 février prochain,
ce regroupement de ces deux cantons et de leurs hautes écoles,
auquel se joindrons les cantons de Neuchâtel et du Valais et de
leurs propres institutions denseignement et de recherche couronnera
plus dune année de travaux visant à mettre en commun
une structure daide et de promotion en faveur des jeunes pousses
en biotechnologies. - (YG).
Yves Genier