Biodata2003 January 21st-22nd 2003 Intercontinental Hotel Geneva, Switzerland

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January 13th 2003 :

AGEFI

Les investisseurs spécialisés ont pris les rênes

BIOTECH - Entretien avec Hervé de Kergrohen, associé de Biomedical Partners et président de Biodata


Les deux années de crise sont en train d’opérer un tri impitoyable parmi les jeunes pousses du secteur des biotechnologies.



C’est dans une dizaine de jours que la deuxième édition de Biodata débutera à Genève (lire article ci-contre). Contrairement à l’optimisme manifesté lors de la première édition en janvier 2002, certes déjà tempéré par les premières épreuves, l’édition de cette année sera selon toute vraisemblance placée sous le signe de la prudence, sans que les potentiels à long terme de ce secteur en phase ascensionnelle ne se voient toutefois remis en question. Hervé de Kergrohen, président de la manifestation, fait le point sur la situation.

Alors qu’il y a une année, les sociétés de biotechnologie semblaient encore relativement à l’abri de la crise qui affectait les sociétés high tech, elles ont été frappées de plein fouet depuis lors. Comment décrivez-vous la situation présente?

Je dirais que l’assainissement de cette activité est dans sa dernière phase. Il avait été provoqué par l’enthousiasme aveugle, voici quelques années, pour les projets innovants, et qui ne s’est pas toujours orienté vers les meilleures idées. Aujourd’hui, les investisseurs spécialisés ont pris les commandes des sources de financement disponibles et les autres sources se sont largement taries pour l’essentiel. L’avenir des jeunes entreprises de biotechnologie est donc caractérisé par quelques cas de figure principaux: soit leur plan d’affaires est solide et elles peuvent attirer les investisseurs spécialisés du secteur, soit elles sont vouées à la consolidation, c’est-à-dire des acquisitions des plus faibles par les plus solides, soit elles se dirigent vers une faillite, voire un abandon pur et simple.
La recherche scientifique à proprement parler n’est encore que marginalement affectée par cette évolution à ce stade. L’essentiel du travail scientifique de base se fait dans les laboratoires des grands groupes industriels ou des universités, financées essentiellement par les pouvoirs publics.

Cet assainissement marque-t-il la fin des petites entreprises innovantes dans le secteur des biotechnologies?

Il y aura toujours des petites structures innovantes, à conditions qu’elles basent leurs activités sur des projets à valeur commerciale. On peut regrouper en trois catégories les entreprises dont l’avenir se présente sous de bons auspices: premièrement, les jeunes pousses basées sur des produits dont la licence et le potentiel de marché sont reconnus à grand potentiel. Deuxièmement, les projets proches de la commercialisation, même si le marché n’est pas immense. Enfin, les sociétés qui ont reçu de fortes sommes lors de leur première ronde de financement, entre 10 et 100 millions de francs, qui sont soutenues par des sociétés de capital-risque de premier plan, ou qui s’appuient sur des contrats avec des grosses entreprises. On peut citer Geneprot dans cette dernière catégorie.
En revanche, les sociétés portant des projets de faible ou de moyenne envergure qui ont reçu des financements lors de la période d’euphorie n’ont pratiquement plus d’espoir d’obtenir de nouveaux financements, ce qui signifie pour elles l’arrêt de leurs activités.

Dans le cas de Geneprot précisément, il apparaît que cette société a été traversée par une phase de doute ces derniers mois. L’avenir de la protéomique n’a-t-il pas été surestimé?

La protéomique offre une base technologique permettant de découvrir des molécules à même d’offrir de nouvelles cibles thérapeutiques. Ce que l’on est en train de découvrir aujourd’hui, c’est que les frais de recherche à la phase initiale de «pure découverte» des grands groupes pharmaceutiques, dans lesquelles une Geneprot s’insère, ne représentent jamais qu’une fraction des budgets de la pharma, l’essentiel de ceux-ci étant consacré au marketing et au développement. Pour les start-ups, la meilleure assurance réside dans l’existence d’un contrat leur permettant de s’appuyer sur une grande société. C’est exactement le cas de Geneprot, qui est liée depuis le début à Novartis. L’autre grande force de Geneprot, c’est que ses fondateurs sont à l’origine de la base de donnée Swissprot sur les
protéines, l’une des plus mportantes à la disposition des scientifiques mondiaux.

Le financement de la deuxième étape devient de plus en plus ardu, voire impossible pour maintes jeunes pousses. Pourquoi?

Effectivement, la levée des fonds pour la deuxième étape de développement est d’autant plus difficile que l’entreprise n’a pas su ou n’a pas pu accroître sa valeur intrinsèque depuis la première levée de fonds. C’est même encore plus grave si elles se sont vues fortement valorisées lors de la première levée de fonds car leur valorisation chute brutalement entre les deux étapes. Ce sont évidemment les actionnaires d’origine, notamment les fondateurs des entreprises, qui en souffrent le plus, eux qui peuvent voir la valeur de leur investissement divisée jusqu’à dix.

La difficulté ne réside-t-elle tout simplement pas dans la simple obtention de nouvelles liquidités?

Certainement, et le monde de la biotech connaît cette difficulté depuis dix-huit mois à vingt-quatre mois. Le succès d’une seconde levée de fonds dépend évidemment de la qualité du plan d’affaires. Si ce dernier n’est pas exceptionnel, il n’intéressera personne! Evidemment, pour les fondateurs des entreprises qui ont levé facilement leurs premiers fonds, les refus que peuvent leur opposer les investisseurs très spécialisés lors de la seconde étape peuvent être extrêmement difficiles à comprendre. Il est compréhensible, dans ce genre de circonstances, que ces personnes manifestent une certaine animosité envers les investisseurs.

Cela ne vient-il pas du fait que les fonds de capital-risque peinent à trouver de nouveaux financements?

Les fonds de capital-risque ont levé des sommes parfois trop importantes par rapport aux possibilités d’investissements. Leurs managers n’avaient pas toujours accès au meilleur «deal flow». Ils ont donc parfois placé cet argent dans de jeunes sociétés très fortement valorisées, mais dont le plan d’affaires était immature ou tout simplement à faible valeur commerciale (il faut distinguer ici la valeur scientifique et la valeur commerciale). Aujourd’hui, s’ils n’ont plus d’argent à investir, ils risquent de se retrouver dans la même situation que les actionnaires fondateurs incapables de financer la deuxième tranche: celle de voir la valeur des titres fortement réduite en cas de deuxième ronde.

Est-ce la raison de la fusion, la semaine dernière, des fonds NMT et HBM?
La raison de cette fusion dépend également des conditions actuelles du marché et de son aversion relative à la prise de risque. Actuellement, pour entrer en Bourse, et donc permettre aux investisseurs actuels de sortir plus facilement, un fonds doit compter sur une capitalisation de 500 millions de francs au minimum. Ce n’était pas le cas pour NMT. Cette fusion permet à la nouvelle société de disposer de la masse critique non seulement en terme de participations, mais aussi en expertise: des managers capables de juger de la qualité des projets qui leurs sont soumis, de juristes et d’administrateurs à même de soutenir les entreprises dans lesquelles le fonds est investi. C’est une opération somme toute logique, derrière laquelle l’on reconnaît la «main invisible» de Henri B. Meier.

Doit-on s’attendre à d’autres fusions dans ce secteur?
On assiste à une autre forme de consolidation, à savoir le rapatriement des fonds dans de grandes structures qui, précédemment, les avaient dispersés dans des organisations plus petites. C’est la stratégie que l’on devine actuellement chez des acteurs tels que la BCV, Swiss Re et probablement Swiss Life également. Ces regroupements permettent un meilleur contrôle interne des fonds investis, après que l’éparpillement dans de petites structures ait montré les difficultés qu’il y avait de suivre l’évolution des investissements et d’en assurer l’indispensable transparence l
Le prochain rendez-vous lémanique des biotechnologies aura lieu dans dix jours à l’Intercontinental de GenèveLe prochain rendez-vous entre industriels de la biotechnologie et investisseurs en région lémanique se tiendra les 21 et 22 janvier prochains à l’hôtel Intercontinental à Genève. Malgré la morosité du climat boursier et conjoncturel actuel, la deuxième édition de Biodata est placée, comme la première, sous le signe de la promotion de la place lémanique en tant que nouvelle «vallée des biotechnologies». Si Hervé de Kergrohen, président de la manifestation, a insisté sur l’importance des contacts créés à l’occasion, les conseillers d’Etat responsable de l’économie des cantons de Genève, Carlo Lamprecht, et de Vaud, Jacqueline Maurer, ont mis en avant les initiatives de promotion intercantonales, comme l’association Bioalps.

Trois cents personnes sont déjà inscrites
Très focalisée sur un public professionnel, Biodata ne devrait pas attirer plus de 500 personnes, à l’instar de la fréquentation enregistrée l’an dernier. Trois cents personnes sont déjà inscrites. «Ce qui compte, c’est que les principaux capital-risqueurs européens viennent chez nous et discutent avec les créateurs d’entreprises d’ici. C’est sur la longue durée que les effets pourront réellement être mesurés», a insisté le président de la manifestation. Cependant, la dernière demi-journée sera ouverte au public. Le soutien financier est assuré notamment par Serono en premier lieu ainsi que par Hewlett Packard, dont le siège pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient se trouve à Meyrin. Ce groupe a du reste choisi d’y implanter une unité de développement de solutions bioinformatiques.
Pour leur part, Jacqueline Maurer et Carlo Lamprecht ont insisté, au-delà de la collaboration «optimale» (selon la responsable vaudoise de l’économie) de leurs deux cantons, sur la naissance prochaine de Bioalps: Le 4 février prochain, ce regroupement de ces deux cantons et de leurs hautes écoles, auquel se joindrons les cantons de Neuchâtel et du Valais et de leurs propres institutions d’enseignement et de recherche couronnera plus d’une année de travaux visant à mettre en commun une structure d’aide et de promotion en faveur des jeunes pousses en biotechnologies. - (YG).

Yves Genier